À chaque matinée ou presque, sa volée de tweets : Donald Trump a écrit ou relayé mercredi sur son réseau social de prédilection une série de messages virulents visant le procureur spécial Robert Mueller, Barack Obama ou les Clinton. Le président américain a d'abord écrit un tweet s'en prenant, comme souvent, à Robert Mueller, chargé de l'enquête russe qui empoisonne le mandat du républicain. While the disgusting Fake News is doing everything within their power not to report it that way, at least 3 major players are intimating that the Angry Mueller Gang of Dems is viciously telling witnesses to lie about facts & they will get relief. This is our Joseph McCarthy Era!- Donald J. « Le Gang de Démocrates Furieux de Mueller demande brutalement aux témoins de mentir sur les faits », a-t-il écrit, avant d'ajouter : « C'est une nouvelle ère Joseph McCarthy », en référence à l'ancien sénateur républicain qui avait lancé dans les années 1950 une campagne visant toute personne soupçonnée d'être communiste ou d'éprouver des sympathies pour le régime embrassé par Moscou, une « chasse aux sorcières ». Ce terme est d'ailleurs couramment utilisé par le président américain pour qualifier l'enquête de Robert Mueller sur notamment une possible collusion entre Moscou et son équipe de campagne en 2016.
Un montage d'une foule de démocrates en prison est ensuite apparu dans l'attention des réseaux : Donald Trump a ensuite retweeté une série de quatre messages émanant d'un compte, « The Trump Train », se présentant comme « fan » de lui. L'un d'entre eux était un photomontage représentant de nombreuses personnalités démocrates, ou cibles de l'hostilité régulière de M. Trump, derrière les barreaux. On y reconnaît notamment Barack Obama, Bill et Hillary Clinton, John Podesta (directeur de l'équipe de Mme Clinton pendant la campagne électorale de 2016), Robert Mueller ou encore l'ancien directeur de la police fédérale (FBI) James Comey. Le montage est accompagné d'une légende : « Maintenant qu'il est prouvé que la collusion avec la Russie est un mensonge, quand est-ce que commencent les procès pour trahison ? ».
Le président américain a ensuite enchaîné plusieurs attaques visant Hillary Clinton dans une série de retweets, l'un d'entre eux disant « Je ressens de la gratitude chaque jour durant lequel Hillary Clinton n'est pas présidente ! ». Une vidéo accusant Hillary Clinton d'être raciste est également apparue, renforçant le portrait polémique entourant les figures démocrates. Il a ensuite publié deux tweets faisant ressortir une interview enregistrée à la fin du mois d'octobre dernier. Mais, comme l'explique Libération, ce passage intervient dans un contexte bien précis, après une discussion centrée sur la nécessité de diversifier les rangs du parti démocrate américain.
La phrase d'Hillary Clinton avait donc été prononcée de façon ironique, comme le justifie la journaliste Kara Swisher qui animait l'interview. « Elle m'a corrigé […] en rappelant cette vieille phrase très stupide de façon évidemment sarcastique ». She was correcting my error for confusing an Eric holder with Cory booker comment by teasing me obviously sarcastically by using an old and very stupid phrase.
Ce montage et ces messages éclairent une rhétorique récurrente autour de la figure de l’« adversaire » et des « ennemis » politiques, où les allégations de collusion et de trahison s’accompagnent d’un récit de chasse aux sorcières et de remise en cause des institutions. Dans ce cadre, le langage des réseaux sociaux devient un territoire de combat politique, où les clichés historiques et les allusions à des périodes de pression politique servent à mobiliser des soutiens et à délégitimer les adversaires. Les images de montages, les retweets et les phrases ciselées créent une mémoire visuelle et argumentative qui alimente le clivage et la perception d’un danger imminent pour le camp opposé.
Par-delà le contexte américain, ce phénomène peut être analysé comme une mise en récit photomonté des figures publiques: les personnages politiques sont placés dans des scénarios extrêmes (derrière les barreaux, accusés de trahison) pour fabriquer une narration émotionnelle forte et rapide à la consommation des réseaux. Cette esthétique de la « mise en scène » numérique repose sur des fragments de discours et des images réarrangées, qui produisent une vérité persuasive plutôt qu’un compte rendu factuel.
Techniques de photomontage et effets sur la perception
Le photomontage utilisé dans le post ou le montage met en scène des personnalités publiques autour d’un récit de culpabilité collective et de menace, et utilise des éléments visuels forts (barreaux, hiérarchie des protagonistes). Ce procédé réactive des archétypes et des symboles connus, tout en actualisant une dynamique de méfiance envers les médias et les autorités chargées d’enquêtes. En combinant des voix et des images, il atteint une efficacité rapide sur les plateformes où la vitesse d’attention prime.
La répétition de thèmes tels que l’« era McCarthy » et la dénonciation de « Fake News » participe à la polarisation et à la mise en abyme du rôle des médias: les messages staplent un récit qui accuse les institutions de partialité, tout en présentant les acteurs opposés comme des menaces pour la démocratie. Cette boucle argumentative peut influencer l’opinion publique en donnant une impression de continuité historique et d’urgence morale.
Réflexions éthiques et enjeux démocratiques
Ces pratiques posent des questions sur la responsabilité des leaders et des plateformes dans la diffusion de contenus potentiellement trompeurs ou déstabilisants. Elles illustrent aussi les risques liés à la personnalisation extrême de la politique, où les décisions publiques se mêlent à des enjeux performatifs et à des symboles chargés émotionnellement. Le recours à des montages et à des formules provocatrices peut amplifier les tensions et entraver un débat factuel et nuancé.

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