La frégate "La Méduse", ayant à bord quatre cents hommes, marins, soldats, passagers civils, devait se rendre à Saint-Louis du Sénégal. Elle n'atteint jamais son but car elle s'échoue le 2 juillet 1816 dans le banc d'Arguin, un grand banc de sable immergé situé au large des côtes sénégalaises. Ne parvenant pas à dégager le bateau, les membres d'équipage fabriquent un radeau à partir de débris de la frégate. Cent-cinquante personnes prennent place à bord de cette embarcation de fortune. Le radeau devait être remorqué jusqu'au rivage par les chaloupes commandées par le capitaine, mais les cordages qui les relient ayant été coupés, seules les chaloupes gagnent la côte, abandonnant derrière elles le radeau. Le tableau a été peint en vue d'être présenté à l'exposition du Salon de 1819, probablement dans l'espoir de le voir ensuite acheté par le ministère de la Maison du roi, dont dépendaient alors les Musées royaux.
Soit que le prix proposé est jugé trop faible par Géricault, soit parce que le ministère est embarrassé par le sujet du tableau, aucune transaction n'a réussi du vivant de l'artiste, malgré l'empressement d'Auguste de Forbin, directeur général des Musées royaux. Ce dernier parvient finalement à faire entrer le tableau dans les collections royales françaises en 1824, par achat lors de la vente publique organisée à la suite du décès du peintre. Peint à Paris en 1818 et en 1819, dans un atelier loué par l'artiste au 80, rue du Faubourg-du-Roule (actuelle rue du Faubourg-Saint-Honoré) sur une toile de 15 pieds sur 22 pieds (487 x 715 cm) fournie par le marchand-restaurateur Étienne Rey le 24 février 1818, au prix de 440 francs ; déplacé dans le foyer du Théâtre-Italien à Paris (à l’emplacement de l’actuel Opéra-Comique), où le tableau est achevé en juillet 1819 ; déplacé au début du mois d’août 1819 du Théâtre-Italien au palais du Louvre, où l'entreprise Rey effectue l'opération de remise en tension sur le châssis et de vernissage ; accepté au Salon de 1819 (n° 510 du livret sous le titre « Scène de naufrage », mais absent du registre d'entrée des ouvrages) à Paris, Musée royal des arts (Louvre), et présenté durant toute l'exposition (ouverte du 25 août au 30 novembre) dans le Salon carré, d'abord au-dessus de la porte menant à la Grande Galerie, puis descendu au premier rang à partir de fin octobre 1819.
Le tableau fut prêté à l’entrepreneur britannique James William Bullock par contrat signé en avril 1820, avec mandat d'en assurer l'exposition et la promotion dans les îles britanniques ; déplacé (roulé) au Royaume-Uni et exposé à Londres, Egyptian Hall, du 12 juin au 30 décembre 1820 ; déplacé (roulé) en Irlande et exposé à Dublin, The New Rotunda, de février à mars 1821 ; rentré en France vers 1821. Proposé à l’achat par le directeur général des Musées royaux, Auguste de Forbin, au ministre de la Maison du roi, au prix de 6 000 francs, le 3 février 1822 (proposition rappelée le 17 mai, non suivie d’accord); proposé une seconde fois par le comte de Forbin au ministre de la Maison du roi, au prix de « 5 ou 6 000 francs » afin de l'envoyer au château de Versailles (proposition non suivie d’accord); collection de l’artiste jusqu’à sa mort, le 28 janvier 1824.
Vente publique après décès des biens meubles de Théodore Géricault, Paris, hôtel de Bullion, 3 rue Jean-Jacques Rousseau (Me Parmentier commissaire-priseur, Thomas Henry expert), 2 novembre 1824, lot n°1, adjugé au prix de 6005 francs à Pierre Joseph Dedreux-Dorcy, ami du défunt, agissant sur l'instruction d'Auguste de Forbin pour le compte du ministère de la Maison du roi (le paiement est avancé par Auguste de Forbin, qui reçoit du vicomte de La Rochefoucauld, chargé du département des beaux-arts, par lettre du 12 novembre 1824, la confirmation de l'acquisition du tableau par la Couronne et l’autorisation de se rembourser sur la caisse des Musées royaux); déplacé au palais du Louvre et porté au registre des acquisitions de peintures du règne de Charles X sous le n° « C 51 » ; exposé au musée du Louvre à partir de 1826, dans le Salon Carré, puis dans la Grande Galerie ; restauré à la fin de l’année 1848 (réparation d’une déchirure de la toile provoquée par la chute d’une échelle) ; présenté dans la salle des Sept-Cheminées.
Une partie du contenu historique est surtout marquante: Le tableau est devenu un symbole puissant du romantisme français et un manifeste anti-esclavagiste. En effet, Géricault y intègre des éléments dénonçant l’esclavage et manifestant une posture abolitionniste au sein d’un cadre très dramatique. L’artiste place trois corps noirs dans sa composition, alors qu’il n’y avait qu’un seul homme noir à bord de La Méduse. L’un est au centre, l’autre en bas à droite, et le dernier à la proue tenant un linge blanc et rouge comme un drapeau.
Ces trois figures, associées à leur pantalon bleu, forment le drapeau tricolore rassemblant les tensions politiques de l’époque. Le modèle utilisé pour ces figures est Joseph, un homme originaire de Saint-Domingue qui avait été esclave avant de devenir modèle professionnel à l’Ecole des Beaux-Arts. En le plaçant au sommet de la pyramide humaine formée par les naufragés, Géricault lui donne le premier rôle et lui confère une place d’espoir au cœur d’une composition volontairement sombre. Cette dimension abolitionniste est restée longtemps sous-estimée, malgré la manière dont le tableau renverse les codes du récit maritime pour interroger les rapports de pouvoir et l’histoire coloniale.
Le récit de Jeanne, les détails de la dérive et les tragédies humaines ont nourri des lectures qui traversent les frontières et les périodes. L’œuvre est devenue une référence non seulement dans l’histoire de l’art mais aussi dans l’histoire sociale et politique, grâce à son regard critique sur l’esclavage et sur les mécanismes du pouvoir royal et républicain qui l’ont entourée.
Dans le cadre d’un travail contemporain, certains artistes et chercheurs ont exploité l’idée d’un radeau numériquement réinventé, comme une façon de questionner les rapports entre urgence, narration et réalité augmentée. Le sujet demeure également riche pour les approches créatives autour du numérique et des techniques modernes de modélisation et d’animation, où la sculpture et la peinture se croisent pour offrir une expérience immersive et critique du drame historique.

La reprise contemporaine de l’histoire, y compris les versions numériques et les remaniements plastiques, peut s’inscrire dans une approche pédagogique et critique, montrant comment les images héritent des discours de leur temps et les transforment.
Joseph, le Noir du Radeau de la Méduse / Géricault / Histoire et Mémoire
En somme, Le Radeau de la Méduse reste une œuvre clé du romantisme français, symbole du drame maritime et de l’engagement abolitionniste, dont les lectures actuelles s’enrichissent des perspectives numériques et critiques apportées par les réinterprétations modernes.
| Éléments clés | Description |
|---|---|
| Catégorie | Romantisme, abolitionnisme |
| Personnages importants | Joseph (modèle), trois corps noirs |
| Lieu historique | Douanes et ports, expéditions vers le Sénégal |
| Réception | Scandale au Salon de 1819, reconnaissance progressive |