Machine volante et arts plastiques à l’ère numérique: Léonard de Vinci au Clos Lucé

À Amboise, le château du Clos-Lucé accueille une immersion unique dans le rêve de Léonard de Vinci: voler. Le parcours « Léonard de Vinci, le rêve du vol » met le numérique et la 3D au service d’un visionnaire qui, à partir de codex, croquis et écrits, cherche à faire vivre ses machines imaginaires.

Le cœur de l’exposition s’appuie sur les carnets, connus sous le nom de Codex, dont les manuscrits lisibles de gauche à droite ne se déchiffrent qu’au miroir. Sous nos yeux, une grande table tactile numérique déploie les travaux du génie et invite à manipuler des prototypes en 3D, des documents codés et leurs interprétations modernes. Une plateforme en ligne baptisée 3DExperience ouvre une communauté internationale d’experts et de passionnés qui analysent les machines volantes de Léonard et les transposent en maquettes interactives.

La technologie immersive prend une dimension nouvelle avec le casque HTC Vive et des contrôleurs couplés à des capteurs, permettant de faire « décoller » les maquettes grandeur nature dans le parc, comme l’Ornithoptère inspiré du vol des chauves-souris. Deux satellites dans la pièce complètent le dispositif pour offrir une immersion totale dans le jardin du Clos Lucé, où les visiteurs découvrent un ensemble de maquettes à taille réelle et des toiles translucides entre les arbres.

Le parcours rappelle aussi l’esprit Renaissance qui anime Léonard: le jardin boisé et l’Auberge du Prieuré proposent une dégustation Renaissance et un repas théâtralisé qui accompagne le voyage entre science, art et imagination. Au château, les visiteurs explorent la grande pièce de réception, la chambre et les ateliers où s’entrelacent bibliothèque, cabinet de curiosités et toiles du maître. La fin de journée s’achève par les maquettes des inventions qui illustrent l’influence de Léonard sur l’aéronautique contemporaine.

Outre les maquettes numériques, l’exposition met en lumière une réalisation collaborative contemporaine: la machine volante « Vis », conçue par environ 80 élèves et bénévoles, avec le soutien de la région et d’Enedis. Mesurant près de 5 mètres de diamètre et 850 kilos, cette machine, pilotée par un moteur, tente de donner l’illusion du mouvement dans un cadre pédagogique et ludique. Le projet rappelle que, même si les machines de Léonard n’étaient pas fonctionnelles de son vivant, son esprit d’ingénierie reste une source d’inspiration pour les ingénieurs d’aujourd’hui.

À Florence, les croquis de Léonard prennent encore forme dans des musées qui présentent des inventions en bois, en chanvre et en bronze: vélos, hélicoptères, chars d’assaut, machines à scier et autres prototypes imaginaires. Ces objets, souvent en avance sur leur temps, démontrent une approche où la curiosité intellectuelle et l’observation des lois naturelles guident la conception, plutôt que la réalisation immédiate. Le regard de Léonard sur le monde mêle biologie, géologie, anatomie et physique dans une quête continue de comprendre et de représenter l’univers par le dessin et la mécanique.

La narration des carnets se poursuit comme une traversée intime: chaque rouage, chaque esprit mécanique évoque une pensée en mouvement et une ambition d’anticipation technique. Le musée invite le visiteur à traverser quatre mondes, chacun révélant une dimension différente de l’œuvre et de l’influence de Léonard sur l’ingénierie moderne: la Terre avec ses machines militaires et ses systèmes de construction, les mécanismes de mouvement, les idées sur la propulsion et les plans qui anticipent les ailes et les hélices. Cette approche permet de percevoir l’artiste comme ingénieur, architecte et inventeur dont les croquis étaient des éclats de pensée en mouvement.

Les textes et les images transposent le concept que Léonard dessinait l’avenir à main nue, puis l’ère numérique et immersive a pris le relais pour prolonger son mouvement créatif. Chaque élément de l’exposition - codex, maquettes, expériences en réalité virtuelle et installations artistiques - se répond et montre que l’art des sciences et les arts plastiques forment un continuum où l’imagination précède souvent la technique.

Réflexion finale: Léonard était plus qu’un inventeur, c’était un esprit qui « dessinait l’avenir à la main nue ». Au Clos-Lucé, et dans le musée de Florence, ses croquis et machines continuent d’inspirer les générations d’étudiants et de passionnés qui accompagnent le vol de l’imagination par le médium du bois, du métal et du code numérique.

noimgs

tags: #machine #volante #leonard #de #vinci #arts